"La roulotte de mon père"

Le père d'Anne-Marie, Robert Fabre (1922-2000), vécut, avec quelques compagnons, pendant la Résistance et entre deux missions, dans une vieille roulotte de chantier (pose de rails de chemin de fer) ou de cylindreur (asphaltage des routes) .
C'était
un des maquis de la Lozère, dans les bois en amont du petit hameau du Fraisse (près de Labastide Saint-Laurent-les-Bains), non loin du "chemin de Stevenson" (GR70).
La Roulotte avait été tractée au-dessus du hameau, jusque dans une clairière, près du torrent, par une paire de boeufs, à moins que ce ne fût deux, vu sa taille et son poids... et ce ne fut certainement pas une mince affaire !
Et c'est là que le Robert rencontra Adrienne Ranc (1926-1989),
la mère d'Anne-Marie...

Cliquez sur les vignettes
Robert Fabre
Anne-Marie et son père au Fraisse - 1955
Robert en 1945
1947 : mariage de Robert et Adrienne
1955 : Anne-Marie et son père

Et c'est peut-être depuis ce temps-là, que les roulottes s'inscrivirent dans notre imaginaire... et plus tard dans notre vie...
(Anne-Marie et Luc)

Luc et Anne-Marie

 

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Roulotte de chantier et Roulotte de cylindreurs

La Roulotte du Duc, est, comme "la Roulotte de mon père" ,
C'est une ancienne roulotte de chantier
ou plutôt, une roulotte de cylindreur.

Son ancien propriétaire l'avait achetée à un Hollandais qui n'avait pas hésité à la transformer en "bungalow" - horreur !- en la couvrant d'un toit de tuiles...!!!
Ce qui a eu pour effet d'alourdir son toit et cintrer sa charpente !

De son origine, outre l'attelage, le chassis, les essieux, le système de frein, le grand coffre à outils sous la roulotte et les roues bardées, elle a conservé le plancher, les lambris intérieur et un petit placard à l'entrée... ainsi que la trace des différents conduits de cheminée... En revanche, le bardage des flancs en tôle, la porte d'entrée d'origine, ainsi que les volets ont disparus.

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Les roulottes de cylindreurs sont reconnaissables à leurs roues : la plupart ont des roues en fonte (pleines ou à rayons) avec un bardage de caoutchouc (et non de pneumatiques).

Le plus souvent la barre d'attelage est à l'opposé de la porte d'entrée afin que, d'une part, la fumée dégagée par le moteur du cylindre ne pénètre pas à l'intérieur de la roulotte, et d'autre part parce qu'il est plus aisé de monter par l'arrière lorsque la roulotte est attelée.

De plus si les verdines gitanes sont construites pour être tractées par des chevaux (double brancards relevables), les roulottes de cylindreur ont un attelage prévu pour être tracté par un véhicule (un cylindre en l'occurence).

roulotte à traction hippomobile
roulotte à traction "automobile"

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A l'avant des roulottes hippomobiles une avancée du toit abrite en général le conducteur qui peut s'assoir sur un "siège". C'est par l'avant également que l'on entre et c'est là qu'est l'escalier (ou quelques marches) permettant d'accéder à la roulotte..

En revanche, le conducteur d'une roulotte de cylindreur s'assied, non sur la roulotte mais bien sur le "cylindre" (rouleau compresseur). Pas de siège donc sur la "terrasse". De plus, la barre d'attelage est, le plus souvent, à l'opposé de la porte d'entrée afin que, d'une part, la fumée dégagée par le moteur du cylindre ne pénètre pas à l'intérieur de la roulotte, et d'autre part parce qu'il est plus aisé de monter par l'arrière lorsque la roulotte est attelée.

La plupart des roulottes de chantier ou de cylindreurs ont repmplacé le bois par la tôle dans les années 40/50 et elles disposaient d'un grand coffre à outils, sous le plancher.


Cylindre (Aveling-Barford datant de 1923) et roulotte (1924)
~ Sources : Photos d'engins de Travaux Publics

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Les cylindres furent, dans un premier temps, à vapeur, puis diesel.
Le premier goudronnage de route date de 1867. En 1913 plus de quatre millions de mètres carrés de chaussées empierrées sont goudronnés en France. Le "tarmacadam", se développe véritablement à partir de 1920 avec des résultats souvent assez inégaux. A cette époque, le cylindre à vapeur reste l’engin maître en France.


Début 20ème : Roulotte et cylindre


1910/20 : un cylindre à vapeur avec sa roulotte, la femme du cylindreur... et son chien


1936/37 : M Sylvestre et sa famille avec "son" rouleau (appelé aussi compacteur) à vapeur et sa roulotte
devant le château de Salles d'Aude (11)

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Rouloute de cylindreur milieu 20ème (on note les flancs en tôle et l'absence du coffre à outils)


Roulotte de chantier (?)
( sources : Vintage and Classic Commercial Vehicles in Europe / Traveller Dave)

Vie des cylindreurs et leur famille

Ces roulottes étaient l'habitation des "cylindreurs"
(dont le vrai nom est "chauffeur de cylindre compresseur itinérant") et leur famille.

"Il (le "cylindreur") conduisait un impressionnant engin, le plus gros, qui nous fut donné de"bader" (terme du midi de la France : regarder, vient de badaud). Deux roues géantes de près de 2m de haut, poussant un rouleau compresseur qui écrasait les pierres et puis, après la pose du "macadam" mouillé après un arrosage en jet au moyen d'une citerne, il nivelait afin de créer un tapis uniforme, qui durait plusieurs années. (...)
Le chauffeur avait comme domicile une roulotte dans laquelle il vivait avec sa famille, ils se déplaçaient comme les forains, les enfants allant dans les écoles des communes où se trouvait le travail qui durait souvent plus d'un mois" (Sources : Pat Hernandez "Les métiers et commerces d'autrefois"


Cylindreur et sa famille (année 50 dans l'Aude ou l'Hérault)

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Quelles étaient les conditions de travail des cylindreurs aux premières heures des entreprises routières ?
Des anciens (Suzanne et Jacques Quinet) de l'ex-entreprise Veuve Gaëtan Brun (Blois) s'en souviennent, non sans émotion :

De 1950 à 1960, Suzanne et Jacques Quinet n'ont eu d'autre cadre de vie que celui de divers chantiers en Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et Seine-et-Marne.
À la vitesse de 4-5 km à l'heure, ils avaient besoin de plusieurs jours pour se rendre
sur place à partir du dépôt blésois. Il fallait bien rythmer son allure sur celle du mastodonte d'acier avec lequel on allait désormais faire vie commune !
On partait pour environ trois ans, au terme desquels on revenait à la case départ pour une révision totale du matériel. C'est là qu'intervenaient des mécaniciens plus spécialisés.

Un camion, piloté par Eusèbe Beignet, partait régulièrement du dépôt pour pprovisionner les cylindreurs en fuel, huile, chiffons et pioches. Mais dans le déroulement quotidien du chantier, le cylindreur était seul responsable de l'état de son outil de travail. Il devait notamment faire face aux éventuels pépins ou ennuis techniques plus sérieux et entreprendre sur place les réparations nécessaires. Faute de temps en semaine, il consacrait son dimanche aux travaux d'entretien courant, cuivres y compris qu'il se faisait un devoir d'astiquer.

D'étape en étape selon l'avancement du chantier, la roulotte suivait.

Complément indispensable du cylindre, elle était la seule résidence du foyer, puis éventuellement de la famille.
Bien sûr, l'espace et le confort y étaient plutôt sommaires. Pour tous accessoires et ustensiles affectés à la roulotte et pris en compte par le mécanicien, un inventaire de 1945 dressait la liste suivante : une cuisinière avec tuyaux, un tisonnier, un seau et une pelle à charbon, un seau à eau, une lampe à pétrole avec support, deux chaises, une table,
un buffet, deux armoires, un sommier métallique à tendeurs, un escabeau, deux écriteaux avertisseurs, quatre cadenas pour les coffres.
Pour l'eau courante, le branchement électrique et les commodités, on faisait appel aux voisins, selon que la roulotte était stationnée sur une place de village ou à proximité d'une ferme.
En échange, le cylindreur égalisait un terrain, une cour, un chemin.
Quant aux enfants en âge d'être scolarisés, ils devaient s'adapter à l'école locale. Puis on frappait à la porte d'une autre école lorsque toute la petite famille se déplaçait pour suivre la progression du chantier.

Malgré les difficultés d'une telle vie itinérante, Suzanne et Jacques parlent de ces années avec une certaine nostalgie.
Avec surtout une réelle fierté.

Dans le salon de la maison qu'ils habitent aujourd'hui, ils exhibent la maquette en bois
de leur cylindre et de leur roulotte d'antan. Et de commenter, le regard un brin malicieux : " C'est dans cette roulotte que nous avons fait notre voyage de noces !"

J. et S. Quinet, cylindreurs

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Mais pour d'autres cette vie nomade ne fut pas une partie de plaisir :

VOIE ROYALE ET CHEMINS DE TRAVERSE (extraits)
Robert Galisson
Klincksieck | Ela. Études de linguistique appliquée.

"Je n’ai appris à lire qu’à huit ans. La cause apparente de ce handicap initial tenait au métier de mon père. Il était alors cylindreur : une sorte de cantonnier mécanisé, itinérant, chargé de l’entretien des routes dans le bocage vendéen. Nous vivions dans une roulotte, tractée par un cylindre. Cet espace mobile, étroit, sans confort, était si mal adapté à la scolarisation des enfants qu’à ma naissance mon frère avait dû émigrer chez une grandmère, pour fréquenter régulièrement l’école et céder la place au dernier arrivant.
Comme le cylindre (à vapeur) ne dépassait pas 4 km/h, nous nous déplacions souvent pour suivre, au plus près, les chantiers ambulants de mon père. C’est ainsi que les places de village et les champs de foire de cette région d’élevage ont été les lieux de villégiature de mon enfance errante.

À n’importe quel moment de l’année scolaire, lorsqu’il nous arrivait de rester plus de quinze jours au même endroit, ma mère faisait l’héroïque effort de me conduire à l’école communale et de solliciter mon inscription auprès de l’instituteur. L’accueil était généralement réservé, teinté de reproche, parfois glacial.
Le scénario était à peu près toujours le même. On me donnait un livre, une ardoise et on ne s’occupait plus de moi. Objet de curiosité et d’animosité latentes, la crainte d’être interrogé et ridiculisé par mon ignorance me tétanisait.
Les récréations, les sorties de classe me livraient aux sarcasmes des enfants normaux, qui me traitaient de tous les noms des gens du voyage : nomade, bohémien, romanichel, voleur de poules…"

 

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La Roulotte "dans son jus" en Septembre 2003

Un concours de circonstances et une amitié de longue date nous amenèrent, en septembre 2003, à découvrir cette ancienne roulotte : elle était alors stationnée depuis quelques années très défraîchie et un peu à l'abandon, dans un petit bois, en Haute-Garonne, du côté de Saint Frajou.

(Pour voir les photos, cliquez sur les vignettes !)

Dans le petit bois
L'avant de la Roulotte

Son propirétaire y avait effectué quelques réparations. Il avait notamment refait tout le bardage extérieur en pin autoclavé. Il avait également posé une porte, côté terrasse (qui "tenait" par des chaînes tendues, ainsi que les quatre fenêtres sur les flancs.

Porte côté terrasse
Flanc et fenêtres

En revanche, la réfection du toit en toile goudronnée, très mal en point, et toute la partie côté attelage ainsi que que la vieille porte-fenêtre de récupération brinquebalante étaient à refaire complètement. D'autre part l'ensemble avait quelque peu "vrillé" !

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Porte côté attelage
détails du toit
Détail roue et amortisseur
Détail roue et tourelle

L'intérieur avait été aménagé en petit "studio" avec cuisine, salon et banquette convertible, coin douche et lavabo. Mais il était alors à l'abandon.

l'entrée
le coin cuisine
le salon

Sortie du bois et Restauration
de Novembre 2003 à Févier 2004

Le premier travail consista à la sortir du bois pour la tracter sur quelques 11 kilomètres, jusque chez nos amis d'alors, artisans menuisiers ébénistes, qui s'étaient improvisés, non sans talent, et depuis peu, "Roulottiers".
Novembre 2003
Saint Frajou
Sortie du bois
Arrivée chez les "roulottiers"

Pour diverses raisons, les travaux ne purent pas commencer avant février 2004 : réfection totale du toit et pose d'une plaque de tôle blanche, dépose de la partie côté attelage puis, pose de renforts métalliques en X avant de confectionner le "fond" avec une petite fenêtre, car c'est là, à la place de la cuisine, que nous avions décidé d'aménager la chambre en alcôve

Plan de la roulotte en 2003 et plan du projet
Plan de la roulotte en 2003 et projet

Restauration de la roulotte

Voyage de la Roulotte jusqu'au Duc
Mars 2004

Mi mars 2004, les grosses réparations sont terminées :
il faut maintenant transporter la Roulotte jusqu'au Duc.

C'est avec un semi-remorque qu'elle a fait le trajet, par la A 20 et les petites routes nationales et départementales et même communales... jusqu'au hameau de Réces (commune de Floressas)

La Roulotte s'étant mise en travers lors de la manoeuvre, le transbordement sur le semi-remorque prendra plusieurs heures !

A Réces, au croisement "des poubelles", un puissant tracteur a pris la relève afin de lui faire parcourir les deux kilomètres restants.

Avant de prendre une belle retraite, sur la colline du Duc, la roulotte se prend encore pour ce qu'elle fut dans sa jeunesse : une roulotte de cylindreurs.... ou presque...
(Pour voir les photos : cliquer sur les vignettes)

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Les derniers mètres !
Sur la petite route qui mène au Duc
Le dernier virage : périlleux !!!
Passera ?
Passera pas ?
Il a fallu dételer afin de permettre au tracteur de se remettre dans le bon axe.
Ouf ! le plus dur est passé !
Arrivée sur son futur "lieu de vie" : l'ancienne aire de battage du Duc
Dernières manoeuvres !
Et voilà le travail !
Ouf ! Repos bien mérité !

Il aura fallu plus de trois heures pour franchir les cinquante derniers mètres !

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Ensuite, le travail de finition a pu commencer.

Finitions, aménagement et décoration

Dans un premier temps, il a fallu poncer toute la caisse avant de passer une première couche de lasure, et décaper les encadrements de fenêtres. Puis repeindre la porte.


Ouvrière en plein travail !

Caisse et fenêtresdécapées

Lasure passée et porte repeinte


Ouvrière à la pause thé

Une deusième couche de lasure passée, les encadrements de fenêtres repeints, les portes du coffre à outils ajoutées et la terrasse refaite avec son escalier en bois :

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Aménagement intérieur meubles & décoration

L'électricité a été posée : les travaux à l'intérieur peuvent commencer.
Lors de l'achat, le lambris était peint en blanc, le placard en blanc et bleu et les encadremetns de fenêtres avec des touches de bleu, de vert, de rouge et de jaune.


Ex cuisine (actuelle chambre)

Placard d'origine


Coin de l'actuel salon (ex coin douche)

De la chambre (ex-cuisine) vers le salon

Porte d'entrée


Du salon vers la chambe (ex-cuisine)

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Aménagement de la chambre alcove et du lit coffre
2006
2010

Projet "lit coffre"... et résultats

2004 -
2006
2006
2011

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Un premier coup de badigeon blanc pour effacer les taches
et on teste différents meubles et accessoires, récupérés dans les greniers
et chinés dans les vide-greniers

salon "coin écriture"
salon "coin détente"
"cuisinière bleue"
2011 : coup de peinture, jaune et bleu, et dernières touches

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Pendant ce temps, Luc a terminé de dégager la ruine.

chantier de la ruine A LIRE ICI

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